Au cours de mon expérience auprès des publics « défavorisés », j’ai souvent relevé la difficulté suivante : à vouloir trop s’adapter à ce qu’ils perçoivent de leur situation, certains accompagnateurs chargés de leur réinsertion finissent par perdre de vue leur expérience, leur autonomie et parfois même jusqu’à leur capacité à saisir toutes les formes de solution pour s’en sortir. C’est une des raisons qui peut le cas échéant conduire à des formes d’assistanat même involontaires.
Pourtant le fait d’avoir recours à des outils innovants tel que le crédit accompagné dans les procédures d’insertion est tout à fait valorisant et responsabilisant pour les publics. C’est l’idée que je défends à travers mon positionnement professionnel.
1. Les principaux freins au développement du crédit accompagné auprès des publics accueillis dans les structures sociales peuvent correspondre aux rôles de trois des acteurs clés de ce système. Tout d’abord les bénéficiaires, mais aussi les équipes chargées du suivi au sein des établissements adhérents. Enfin les partenaires financiers. Les uns influant sur les autres, car des professionnels peu sensibles à une méthode n’auront pas le réflexe d’y avoir recours, et, de leur côté, les populations n’ont qu’une vague idée de la possibilité de solliciter un tel dispositif.
Ainsi, les freins se caractérisent de la manière suivante.
- La méconnaissance de cette solution comme une manière efficace de se réinsérer car si l'on s’en tient aux informations diffusées en général, on maîtrise encore mal aujourd’hui ce dispositif.
- Le manque de confiance des usagers dans ce système : pour des publics déjà fragilisés dans leur vie avec un rapport à l’argent assez délicat, il n’est pas évident de prendre la responsabilité d’un remboursement qui implique de se projeter sur une échéance.
- Le désintérêt faute de résultats connus probants. Pour qui que ce soit, il est délicat de s’inscrire dans une procédure encore peu démocratisée. De plus cette situation peut donner l’impression peu confortable d’être victime d’une expérimentation.
Les structures adhérentes et leurs équipes :
- L’appréhension face au crédit accompagné qui sort des instruments traditionnels de la réinsertion : la peur du changement est un phénomène courant dans les organisations.
- L’apparente complexité du suivi de cette démarche : dans le cadre d’un accompagnement social, le nombre d’outils implique une accumulation des procédures administratives qui peuvent devenir lourdes pour les travailleurs sociaux qui en ont la charge.
- La difficile identification des profils de bénéficiaires : les structures peuvent donc se questionner sur l’opportunité d’engager une telle démarche.
Les partenaires financiers :
- La crainte d’une éventuelle impossibilité de remboursement
- La difficulté à accepter les objectifs d’évaluation.
Les moyens que j’envisage pour lever les freins sont empreints de l’idée de supprimer toute forme d’ambiguïté sur ce dispositif, en favorisant sa démocratisation.
- élaborer une campagne de communication interne et externe mettant en avant le dispositif. Il s’agit de la mettre à disposition des supports des bénéficiaires, structures adhérentes, mécènes, collectivités territoriales : diffusion de flyers présentant le dispositif, par exemple.
- Mettre en avant de situations de réussite par le biais d’un éventuel journal diffusé auprès de partenaires et/ou d’un site internet.
- concevoir des outils méthodologiques afin de favoriser l’appropriation de cette démarche par les professionnels
- organiser des cycles de formations en direction des professionnels intéressés.
- organiser des conférences auprès des bénéficiaires en faisant participer des personnes qui en ont fait l’expérience.
2. La méthode que j’envisagerais d'adopter pour mettre en œuvre l’action « Crédit accompagné » en direction de l’ensemble des adhérents FNARS Pays de Loire, s’articule autour de trois axes stratégiques : la sensibilisation à cette méthode comme une solution efficace et la formation des intervenants chargés de la mettre en œuvre. Enfin, l’évaluation du dispositif.
Un interlocuteur ciblé
En tant que chargé de mission « crédit accompagné » j’ai la tâche d’impulser cette dimension dans le travail de réinsertion et d’assurer le suivi de sa mise en application.
Une organisation territorialisée
En termes pratiques, je propose une organisation qui se décline à travers un découpage territorial : régional, départemental et local.
- Je souhaite constituer et animer un groupe de travail régional réunissant des professionnels et administrateurs locaux, avec pour principal objectif le pilotage de la démarche. Il s’agira par le biais de cette démarche de faciliter le lien avec le niveau national. Je m'appuierai sur ce groupe pour faire une réunion de lancement du dispositif, puis un point global une fois dans l'année afin d'assurer une évaluation.
- J’envisage d'organiser des rencontres au sein de chaque département dans un souci de proximité. C’est sans doute à cet échelon que j’assurerai les formations en ciblant des lieux d’accueil suffisamment grands. Cette dimension territoriale me semble idéale pour réunir une vingtaine de personnes. De plus, le conseil général étant un interlocuteur privilégié en matière d’action sociale, à l’intérieur d’un même département les questionnements des travailleurs sociaux se recouperont plus facilement.
- de la même manière que le poste de chargé de mission régional constitue un relais pour
Une intervention adaptée
En matière de pédagogie, il me paraît important de permettre l’expression des professionnels qui assurent directement l’accompagnement des bénéficiaires, l’idée étant de recueillir leur ressenti et éventuellement d’améliorer les outils. De plus j’aurai un souci tout particulier en fonction des statuts des structures et notamment celles reposant sur un accompagnement assuré par des bénévoles. En effet, les questionnements de professionnels comme ceux des bénéficiaires peuvent varier entre une Mission Locale, une collectivité territoriale ou encore une structure médico-sociale.
Voici, en substance, l’organisation que je propose d’engager pour mettre en œuvre le « crédit accompagné » dans les Pays de