Bien que son intérêt soit reconnu de tous, le choix de la mise en place d’une politique locale en direction des familles apparaît aujourd’hui comme l’élaboration d’un processus complexe plutôt que le support harmonieux visant à la coordination globale des politiques « enfance » et « jeunesse ». On n’est pas loin de penser que le terme « Famille » porte en lui les métamorphoses d’une société face aux enjeux contemporains de la protection sociale.
En effet, le reproche est souvent fait à l’Etat de favoriser l’assistanat des familles. Se faisant, il participerait à les enfermer dans un schéma insensé : « L’Etat répond à l’ensemble de mes attentes (logement, santé, éducation) alors je m’en remets intégralement à son intervention ». Et dès que des dysfonctionnements apparaissent, il devient un bouc émissaire très pratique.
Néanmoins, malgré un certain discours qui laisse entendre un fort désengagement, par les familles, de leur rôle d’éducateur - autrement dit des responsabilités qui leurs incombent naturellement car elles relèvent de la « parentalité » - il est tout aussi essentiel de rappeler les fonctions assurées par la famille au quotidien en terme de solidarités familiales. De ce fait, au sein de la cellule familiale, la possibilité pour chacun des membres de se ressourcer demeure.
D’ailleurs ces pratiques culturelles développées par cet acteur aux dimensions complexes - la famille se trouve aux confins de la sphère publique et de la sphère privée - lui confèrent une reconnaissance dans l’intervention de l’Etat en tant que prestataire. Cette fonction s’illustre par la branche famille de la sécurité sociale. Un nombre important de mesures existe pour soutenir la vie des familles, de la naissance jusqu’à l’entrée dans la vie active des enfants. Mais, heureusement, les liens qui interagissent entre la puissance publique d’un côté, et les familles de l’autre ne se limitent pas à cela. Car la famille apporte de son côté au territoire sur lequel elle vit une ressource pour son développement. Et ceci, sur les plans de la démographie, de la transmission des valeurs éducatives tout en apportant une plue value économique. En effet, le dynamisme d’un territoire se mesure également à travers ces indicateurs. En bref, la richesse des hommes qui portent des initiatives. Cette démonstration témoigne bien d’un véritable partage des rôles. En tous les cas, on distingue clairement une démarche de co-action. La gestion des « halte-garderies » parentales n’est qu’un exemple parmi d’autres.
A l’heure actuelle, sans doute est-il urgent de créer les conditions favorables à une évolution de la coopération entre les deux acteurs concernés : familles et collectivité ? Et pour réaliser cette orientation nouvelle, l’intercommunalité apparaît comme un échelon tout à fait propice à l’expression d’un projet solidaire. Deux facteurs constitutifs de l’intérêt sociétal se recoupent alors : la prise en compte de la demande sociale des habitants et la place laissée aux citoyens sur leur territoire de vie, dans la gestion de la chose publique. Ainsi, la « démocratie de proximité » devient un outil fondamental de la gouvernance territoriale pour garantir la pertinence des choix de l’action publique.
Mais quelles formes cette vague notion revêt-elle dans un projet d’animation à vocation intercommunale ? Une des clés se caractérise par la place qu’on laisse aux habitants afin de s’exprimer mais également pour agir. Et dans le même temps, il appartient à la collectivité de se questionner sur le fait de déléguer aux citoyens une partie de pouvoir afin de leur permettre de prendre une place active dans la gestion des dispositifs socio-éducatifs dont ils sont par ailleurs les usagers. Cette dimension de la participation est essentielle si l’on souhaite que les familles conservent une place active sur leur territoire au même titre que dans leur vie sociale.
Enfin, il est important que cette collaboration entre familles et élus se présente sous la forme de droits tout comme de devoirs citoyens. Dans toute vie en société, chacun doit avoir sa part de contrainte. C’est uniquement sur cette base que peut s’envisager la confiance en une réelle participation locale des habitants.